Fou, fou, fou

25 Mars 2019 - Actu Equipe A

Je vous ai déjà parlé de mon pote Alfred ? Mais si, vous savez, une tête ronde chauve, plutôt bien portant ? Le type qui écrit des scénarios à vous faire dresser les cheveux sur la tête et que, même quand c’est fini et bin on n’est pas sûr que ce soit fini ? Ca y est, vous visualisez ? J’ai donc le plaisir de vous annoncer en avant-première qu’au vu des derniers matches à domicile du CS Beaune, le stade Jean-Guiral sera prochainement rebaptisé « Le stade Alfred Hitchcock, l’antre des émotions très fortes ». On plaisante bien sûr mais cela se pourrait tout à fait …

Et ce n’est pas ce superbe match d’hier entre le CS Beaune et le SO Chambéry qui viendrait démolir cette nouvelle maxime. On a absolument TOUT eu et dans cet ordre : colère, déception, satisfaction, bonheur, frustration, espoir, peur, explosion de joie. Et ce en 1h30 de temps, mesdames, messieurs, on applaudit bien fort les acteurs du jour. Car pour un grand match, il faut deux grandes équipes. Chambéry à l’agonie avec sa ribambelle de blessés ? Foutaises et billevesées, que nenni mes amis.  Ils étaient bien là les bougres de savoyards, bien décidés à faire parler les cannes et à mener la misère à des Beaunois en quête absolue de points.

« Vous n’avez pas la pression, la pression, elle est là-bas » disait coach Taukafa à la fin de l’échauffement, en montrant le camp chambérien. Avec un essai encaissé en 2m30, pas sûr que ses troupes bleues ait bien assimilé le concept. Ca va d’ailleurs bredouiller pendant 20 minutes, le temps de se prendre deux pénalités dans la musette et de se retrouver menés 13 à 3. Et puis, comme dans tout bon péplum, voici que sonna le réveil des guerriers. Après que le paquet ait flirté avec la ligne, c’est Kotze qui va concrétiser. On est à 7 minutes de la mi-temps, timing parfait. 10-13 à la pause, ça nous promet encore 40 minutes de feu.

Mais franchement, on n’imaginait pas à ce moment-là à quel point … Les bleus sont déchaînés, ça part dans tous les sens, à droite, à gauche, milieu, ça garde le ballon, ça le passe et ça paie. Doublé de Kotze, les bleus sont devant pour la 1ère fois. Le public aime mais Chambé moins. Du coup, comme ça joue aussi très bien de l’autre côté, dans le même tempo et que parfois Beaune laisse un ou deux plaquages en route, et bin ça fait essai. 15-18, ce petit «  à toi à moi, mano à mano, je te tiens tu me tiens par la barbichette » promet d’être palpitant jusqu’à la fin. C’était sans compter ces diables de Savoyards, un intervalle, un essai. 15-25, ça sent les un peu les crozets. Mais pas pour une bande d’irréductibles bleus sur un pré appelé Jean-Guiral.

Il reste 16 minutes et 10 points à remonter. Derrière la main courante, on se dit « allez, au moins le bonus défensif, ça peut pas se finir comme ça ! » C’est à toute vitesse que les bleus remontent le terrain. Les arrières louvoient, les avants pilonnent et nous on a le cœur qui fait l’ascenseur (pas pour l’échafaud on espère !). La délivrance arrive par Botha, qui s’arrache pour tendre le bras au bon endroit. 20-25 et 12 minutes. Balle aux bleus et ça repart, dans les bras de Lanny rentré à peine trois minutes plus tôt. Il lui en faudra moins pour marquer son essai et arracher le match nul 25-25.

Mais vous croyez que ça va s’arrêter là ? Erreur, grosse erreur car le sadique scénariste de cette rencontre totalement déjantée n’en a pas fini avec nos nerfs. Au pire moment possible, soit à la 79e, il décide que Chambé tapera une pénalité en face des poteaux. 25-28, comment penser que cela peut encore évoluer en la faveur du CSB ? La réponse est très simple : ni vous ni moi ne sommes joueurs sur le terrain. La victoire, ils la voulaient plus que tout. Pour eux, comme ils le diront plus tard, « il n’y avait pas d’autre issue possible ». Ballon récupéré sur le coup d’envoi, une combinaison aux petits oignons et Lanny signe ce qui restera son plus beau doublé. Kotze parachève en transformant. La victoire est là, bien réelle, 32 à 28. Franchement, c’est une explosion de joie tant sur qu’hors du terrain. On réalise sans réaliser mais le CS Beaune vient de faire un pas de plus vers son maintien et d’une magnifique manière. Et non, et non, le CSB n’est pas mort car il marque encore.

J’ai particulièrement aimé cette phrase de Kevin Boudot dans le Bien Public de ce matin : « Quand on voit qu’on est dans le mal, on sort un match de potes ». Il a tout résumé notre demi de mêlée. Sans une solidarité de tous les instants, il n’est pas impossible que le CS Beaune ait perdu cette rencontre. Sans une envie commune, sans le banc, sans un jeu collectif à tout endroit du terrain, auraient-ils trouvé les ressources nécessaires pour aller chercher un essai dans les arrêts de jeu ? On ne le saura jamais et à vrai dire, on s’en fiche. Tout ce qui compte, c’est qu’ils aient ce fameux fighting spirit pour aller là où on ne les attend plus.

Oui, on a vraiment vécu un grand match. Il a fallu un grand Chambéry pour sublimer un très grand CS Beaune. Aujourd’hui, nul ne peut douter que notre club a sa place dans cette élite amateur, si compliquée à gérer tant sportivement qu’émotionnellement. Le maintien n’est pas encore acquis à 100 %. En battant Nice, notre prochain adversaire direct Bédarrides s’est chargé de nous le rappeler. Encore une idée de ce fichu scénarise de nous faire un remake de la demi-finale de championnat de France de Fédérale 2 pour jouer un maintien en Fédérale 1.

Ah, sacré Alfred ! Au bout du suspens tu nous emmènes. Mais cette histoire, il revient à nos joueurs et à eux seuls de l’écrire. Il n’y aura pas un seul auteur, ils auront tous leur propre page à faire vivre dans ces deux dernières aventures. Et comme toute bonne série qui se respecte, nous, public, on attend la suite avec grande impatience.