Jeandre Fourie, le botteur venu d'Afrique du Sud

04 Mai 2018 - Actu Equipe A

Il s’est tellement bien intégré au CS Beaune qu’on aurait presque tendance à oublier que Jeandre Fourie ne joue que sa deuxième saison au club. A 35 ans, notre demi d’ouverture sud-africain d’1m89 pour 100 kilos, surnommé l’artilleur pour la qualité de ses tirs entre les perches, est un atout majeur pour l’équipe. Retour sur son parcours, d’Oolsthorn à Beaune.

C’est donc à Ooslsthorn, le pays des autruches situé au sud-ouest de l’Afrique du Sud à 60 km de la côté, que Jeandre touche son premier ballon de rugby à 5 ans. Pas étonnant quand on sait que ce sport est quasiment une religion dans son pays. Après être passé par Port Elizabeth et Riversdale, c’est à George que son potentiel s’exprimera pleinement : «  A 16 ans, j’ai dû faire un choix entre le rugby et le cricket, le 2e sport en Afrique du sud. Comme mon père, j’avais été sélectionné au niveau national dans les deux sports et comme lui, c’est au rugby que j’ai choisi de me consacrer. C’était le sport de ma famille, celui de mes amis, cela s’est donc imposé naturellement. A 18 ans, je suis parti jouer pour les Bluebells, dans la province de Pretoria, où le niveau était élevé ».

Bizarrement, Jeandre n’avait jamais fait du rugby une priorité de vie : « Mes études étaient très importantes pour moi, je voulais être avocat ou comptable et non pas joueur. Et puis, à 22 ans, alors qu’une très grosse entreprise me proposait un très bon poste, mon agent m’a appelé pour me dire qu’un important club français voulait que je le rejoigne. Moi, je voulais arrêter ma carrière mais mon père m’a dit que je devais vivre ma jeunesse et que j’aurai le temps de travailler ».

Ce club, ce n’était ni plus ni moins que le LOU. Et voilà comment notre sud-af arriva en France, directement en Pro D2 : « Cela n’avait rien à voir avec le niveau auquel je pratiquais jusqu’ici. La vitesse était moindre mais le jeu beaucoup plus physique. J’ai passé deux très belles saisons au LOU avant de partir à Narbonne. Là, ce fut un choc des cultures, j’avais presque l’impression d’être dans un pays différent. Et en 2011, je suis arrivé à Mâcon en F1 où le club me proposait un projet professionnel et personnel très intéressant. C’est là que j’ai découvert qu’on mangeait et buvait très bien en Bourgogne ! Plus sérieusement, c’était le choix que je devais faire à ce moment-là. Et en 2016, je suis arrivée à Beaune. Cette année, on a vraiment franchi un cap, je nous sens beaucoup moins inconstants qu’on a pu l’être la saison dernière. Pas une seule fois, je n’ai regretté d’avoir quitté l’Afrique du Sud. Et aujourd’hui, je sais que c’est en France que je resterai. »

En plus de distribuer le jeu, notre demi-d’ouverture tient également le difficile rôle de botteur, celui qu’on adule quand il passe la pénalité de la gagne comme celui qu’on peut conspuer quand il la rate. Et pour cela, Jeandre Fourie travaille énormément, en s’entraînant seul à tirer aux buts deux à trois fois par semaine : « C’est vrai qu’on peut autant être un héros qu’un paria mais je suis beaucoup plus dur envers moi-même dans ce rôle que les autres avec moi. Je pense que mes coéquipiers voient que je travaille mon coup de pied et ne m’en voudront jamais de rater quelque chose. Ca commence par la répétition du geste et le gain de confiance. Si tu laisses le doute s’installer, c’est fini. Mais il faut savoir qu’une pénalité ou une transformation récompensent le travail de tout le groupe : le talonneur qui gratte un ballon, un 3e ligne qui plaque, un 2e ligne qui capte le coup d’envoi …. Si tout le monde va dans le même sens, tout va toujours bien ! C’est ça qui fait la différence cette saison, ce super état d’esprit. C’est la première fois de ma carrière que je vois des joueurs l’hiver assister à mes séances d’entraînement et être présents pour me renvoyer les ballons. Le botteur concrétise les efforts d’une équipe. Sans équipe, il ne sert à rien  ».

On a un peu l’impression que Jeandre avait vécu deux saisons en une, une première partie où il se cherchait un peu et une seconde où il a explosé, avec des stats plus que convaincantes : « Je sortais d’une saison 2016-2017 un peu en dents de scie, où je n’avais pas toujours réussi à gagner ma place, avec beaucoup d’incertitudes. Et puis, petit à petit, j’ai retrouvé la confiance, j’ai progressé et je suis arrivé là où je suis aujourd’hui. Sébastien (Magnat) m’a beaucoup aidé en me laissant le temps de m’exprimer. Et maintenant, on arrive aux phases finales, la partie la plus intéressante. »

C’est plein d’envie et d’entrain que notre 10 aborde cette phase : « On joue une saison pour en arriver là. On se connaît, on est soudés. Ce que je peux apporter de par mon expérience, c’est de calmer les choses dans les moments un peu plus chauds, ne pas jouer déstructurés. Je donne mes conseils à qui le veut, je ne l’impose pas. On a des leaders sur le terrain qui remplissent parfaitement cette fonction. Je veux juste être disponible si on a besoin de moi, surtout les jeunes. »

Son souhait est simple : voir cette équipe aller le plus loin possible et monter en fédérale 1 : « Cela récompenserait tout le monde, pas seulement l’équipe mais aussi le club, les bénévoles qui s’investissent énormément. Cela apporterait un bel et nouvel essor à Beaune ».

Et nous, on ne souhaite que cela !