Portrait de coach : Ephraim Taukafa

13 Septembre 2018 - Actu Equipe A

Lorqu’on s’intéresse au rugby depuis longtemps, écouter Ephraïm Taukafa, le nouvel entraîneur des avants beaunois raconter son histoire et sa carrière, c’est un peu retrouver le même état d’esprit que quand votre maman vous racontait des histoires le soir pour vous endormir : l’impression de rêver.

D’origine Tongienne mais né à Auckland il y a 42 ans,il a commencé sa carrière avec la province de North Harbour en Nouvelle-Zélande. Son meilleur ami là-bas, avec qui il a grandi, n’est autre que Jonah Lomu : « Jonah a toujours été mon plus fervent supporter, il m’a beaucoup aidé dans ma carrière. De toute façon, dans mon pays, tu ne peux pas faire autre chose que du rugby. C’est plus qu’une culture, c’est une religion. J’ai vraiment eu une belle carrière à Auckland. J’ai eu de la chance que la province ait eu une si belle génération de joueurs dans les années 90. Cela m’a permis notamment celui qui sera mon mentor, Sean Fitzpatrick*. Tous ces grands noms du rugby ont toujours été là pour moi. »

En 2000 arrive la consécration avec sa première sélection en équipe nationale du Tonga, au poste de talonneur : « La première, quand elle arrive, c’est un rêve qui devient réalité. On bosse tous très dur pour cela. Et jouer non pas une mais trois coupes du monde (2003 2007 2011), c’est carrément inespéré ! D’ailleurs, mon dernier match international sera la victoire contre la France en 2011. De sacrés souvenirs. »

Vient alors le parcours européen. D’abord Leicester en Angleterre puis c’est l’aventure française qui commence. Oyonnax (avec Thomas Genevois comme coéquipier), le LOU pendant 5 ans où il jouera avec notre centre Wakanivuga, Mont de Marsan où il rencontrera son 2e mentor, le français Marc Del Maso (talonneur du XV de France), Chalon-sur-Saône où il jouera avec Jérémy Bayle, Jérémy Marot et Thomas Lanny qui, je cite « était tout jeune et tout petit mais jouait déjà avec les grands ». L’an passé, il évoluait avec Dijon en tant qu’entraîneur-joueur. Et toujours aucun regret : « Les cultures néo-zélandaises et françaises sont vraiment différentes. Les blacks sont performants car ils transmettent leur savoir et leur façon de jouer. Quelque soit le club où tu ailles, il y aura toujours les mêmes bases, les mêmes automatismes. En France, il n’y a pas un endroit où tu pratiques le même rugby. Mais j’aime ce pays et j’y ai beaucoup appris. J’apprends toujours d’ailleurs. »

Quand Sébastien Magnat l’a appelé le rejoindre à Beaune, il n’a pas hésité à lui dire oui : « Seb m’a dit : tu dois m’aider à rester en Fédérale 1 et à être compétitif. Le fait de retrouver ici tous les joueurs qui évoluaient à Chalon a fortement pesé dans la balance car nous avions vraiment un super groupe. Et Seb et moi, nous avons les mêmes valeurs humaines, ça compte beaucoup pour moi. »

Adorable dans la vie, Ephraïm Taukafa se transcende à l’entraînement avec ses troupes, une sorte de Dr Jeckyll et Mr Hyde : « C’est vrai que je crie beaucoup et surtout très fort. Mais je crois qu’en rugby, tu dois être deux personnes à la fois. On doit nous même se surpasser pour obtenir des joueurs qu’ils se surpassent à leur tour. Oui, je suis parfois un peu agressif mais c’est mon style. Je me dois d’être le méchant de l’histoire mais c’est pour la bonne cause car mon rôle est d’obtenir le meilleur d’eux-mêmes. Ca passe forcément par des phases un peu plus dures mais ça marche. Je suis ici pour leur faire prendre conscience à tous du potentiel que chacun peut apporter à l’équipe. Si tu apprends la vie, alors c’est que tu as l’enseignement que tu mérites. Et je me sens vraiment bien ici, tout le monde avance dans le même sens.o »

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est bien décidé à donner les meilleures chances à ce groupe pour évoluer en Fédérale 1 : « Je suis impressionné par leur force de caractère. Contre La Seyne sur Mer, ils auraient pu tout lâcher mais ils ont continué à s’accrocher et à tout essayer pour l’emporter. C’est vraiment une belle satisfaction. Il y a une bonne mixité entre les jeunes et les joueurs plus expérimentés, ce qui est important pour l’équilibre de l’équipe. Maintenant, nous avons un nouveau projet, un nouveau but mais nous allons avoir besoin d’un vrai public. Il faut venir plus nombreux au stade, c’est impératif. Notre équipe est capable de très belles choses et elle aura besoin de soutien ».

 

*Sean Patrick a remporté la coupe du monde avec La Nouvelle-Zélande en 1987 et en 1995 et fut longtemps le capitaine des All-Blacks