Matthieu Bassin : " Faire en sorte que les joueurs soient performants le plus longtemps possible "

06 Août 2020 - Actu Equipe A

Matthieu Bassin est arrivé au CS Beaune l’an dernier en provenance du PUC. Handicapé par une blessure à l’épaule dès le début de saison, le centre/ailier de 26 ans, également international France Développement de rugby à 7, a connu une saison frustrante d’autant plus qu’elle fut gâchée par le Covid juste au moment où il revenait en pleine forme. Alors qu’il compte bien faire la saison de sa vie en bleu et blanc cette année, celui qui est également coach sportif à la vie civile va prendre en charge toute la partie préparation physique musculation du groupe premier beaunois. Il nous explique en détails en quoi cette mission va consister.

CS Beaune : « Quel parcours as-tu suivi pour pouvoir prendre le rôle de prépa physique musculation au sein du club ? »

MB : «  Il y a trois ans, j’ai obtenu mon BPJEPS AGFF (musculation et haltérophilie) qui me permettait déjà de prendre en charge une équipe première. Actuellement,  je suis en train de finaliser le DU préparation physique que je devrais concrétiser en Septembre. Par rapport au BPJEPS,  c’est un diplôme qui m’apporte beaucoup plus de connaissances théoriques car il reprend des cours de Licence 3 et de Master de la filière STAPS avec un complément d’informations très important sur la préparation physique spécifiquement. C’est un diplôme universitaire qui est reconnu dans le domaine du sport et peut valoir la même équivalence qu’une licence STAPS. D’ailleurs, c’est le diplôme que demande les équipes de sports collectif comme le rugby mais aussi le foot et le basket demandent pour recruter des préparateurs physiques. Il me donne une certaine crédibilité tant auprès des clubs pros qu’amateurs car il montre mes connaissances sur la préparation physique d’une équipe collective en entraînement. C’est pour cela que c’est un bon diplôme, certes différent d’un BPJEPS car plus théorique mais un super complément. »

CS Beaune : « Quelle est la différence majeure entre ces deux diplômes ? »

MB : « Le BPJEPS s’intéresse essentiellement au côté pratique du sport c’est à dire exécution des mouvement, compréhension des différentes méthodes de travail pour le développement musculaire d’un athlète, vision sur l’aspect bio-mécanique pour que le joueur apprenne à bien s’entrainer niveau postural. Le DU porte beaucoup plus sur la planification d’un collectif de joueur sur une saison complète, ce qui permet de voir sur du long terme et mieux quantifier la charge de travail du aux entrainements de préparation physique et de rugby. C’est exactement ce qu’il faut pour pouvoir préparer une équipe sur une saison complète qui s’étend de la pré-saison à l’après-saison. »

CS Beaune : « Et comment t’es-tu retrouvé à ce poste avec le groupe senior ? »

MB : « Pendant le confinement, Seb Magnat m’a appelé pour me proposer d’être préparateur physique en binôme avec Thomas Lanny car il trouvait qu’on se complétait bien. Je lui ai bien sûr dit que ça m’intéressait, surtout que c’était encore plus passionnant à deux. Mais entre-temps, Thom a choisi de préparer le Diplôme d’Etat et du coup, il n’avait plus assez de temps pour mener les deux projets et je me suis retrouvé seul sur le poste. »

CS Beaune : « Un poste que tu vas devoir combiner avec ton statut de joueur ? »

MB : « Oui et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai demandé à ne m’occuper que de la partie musculation. Cela me permet de gérer mon côté joueur tout en étant toujours avec l’équipe. Je veux qu’ils continuent à me voir comme leur coéquipier avant d’être leur prépa. Je ne voulais surtout pas qu'il y ait de quiproquos : j'ai des objectifs en tant que joueur et c'est ce qui prime pour moi. J'ai 26 ans et je prépare mon avenir donc c'est le bon juste milieu et le bon timing : cela me permet de voir le côté préparateur tout en me concentrant à fond sur mon jeu. »

CS Beaune : « Et côté prépa terrain ? »

MB : « Seb garde le côté terrain. C’est une prépa physique avec beaucoup de jeu, de courses et de vitesse ce qui correspond à notre plan de jeu qui est basé sur la vitesse et les déplacements. C’est là que l'on fera la différence sur les autres équipes et qu'on gagnera des matches. »

CS Beaune : « Avant cette reprise estivale, il y a eu de longs mois d’arrêt et de confinement dus au Covid. Comment gère t’on cela quand on est joueur et, du coup, préparateur physique ? »

MB : « Quand tu t'arrêtes brutalement comme cela, les semaines d'après étaient vraiment importantes car il fallait bouger à tout prix. Au rugby, entre la muscu et l'enchaînement des matches, le taux de testostérone est plus élevé que chez certaines personnes lambda, comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs. Nous avons besoin de garder cette stimulation pour être bien et que notre corps continue à fonctionner. Le corps peut avoir des réactions bizarres, qui se voient ou non, mais qui sont très mauvaises. Pour le bon fonctionnement de notre métabolisme, il fallait continuer les efforts, pas uniquement sur l'aspect physique mais aussi pour l’aspect psychologique. Heureusement que nous avions gagné contre Mâcon avant l’arrêt car tous les joueurs sont restés dans le positif. Pour ceux qui commençaient à se révéler, il y a eu un sentiment de frustration et de non-accompli. C'est pour cela qu'il fallait continuer à stimuler, pour ne pas sombre et penser à « l’après » confinement. »

CS Beaune : « Comment cela s’est-il traduit concrètement pour les joueurs ? »

MB : « Il était vraiment important de ne jamais se laisser " mourir " et de continuer à actionner le corps, à garder une certaine condition physique, par exemple en courant pour garder l'essence de notre sport, en faisant des séances de mobilité et de stretching afin de faire bouger nos articulations et garder l’élasticité de nos tendons. Le confinement a demandé un travail complet encore plus dur : il fallait bouger plus qu’à l’accoutumée car, comme on n’a plus la même activité qu'avant il faut être toujours être en mouvement. Il fallait aussi se rappeler que nous faisons du rugby et donc toucher le ballon pour garder ses sensations. Il y avait aussi la notion de dosage de l’effort en bougeant avec des exercices fonctionnels, travailler avec des exercices qui « tapent » mais pas trop fort pour maintenir le cardio pas forcément à grande intensité mais pour maintenir le corps en éveil et faire en sorte que ce dernier ne soit pas trop brutalisé lors de la reprise. Le but était de rester en phase. Ce qui est super, c’est que les gars ont vraiment été super sérieux pendant cette période, j'ai eu l'occasion de parler avec des joueurs et de voir quelques types sur les réseaux. Il a bien sûr fallu s'adapter aux différents lieux de confinement car tous n’avaient pas les mêmes chances au niveau des espaces ou des équipements à disposition. Durant les trois premières semaines, j'avais envoyé des programmes en essayant de varier mais en se fixant sur des choses basiques. Le plus important était de bouger à son rythme pour ne pas trop perdre, ceux qui avaient de la place ont fait en fonction. Tout le monde était déterminé à préparer la saison d'après et c'est la réaction parfaite de joueurs ambitieux, voire pros. Même si c'était long, tout le monde s'est quand même concentré et focalisé sur sa saison, pour se dire «  l'an prochain, c'est MA saison ». J'ai vraiment vu un comportement de compétiteurs. » 

CS Beaune : « Comment as-tu réfléchi à la saison qui arrive ? »

MB : «  La première des choses, c’était d’y aller doucement au sortir du confinement. Travailler sur de la motricité, libérer les articulations pour éviter les accidents commencer par de l'endurance fondamentale. Ensuite, j'avais deux choix : soit mettre une faible charge de travail en muscu pour que psychologiquement les joueurs se sentent mieux, soit de garder un niveau élevé de travail en muscu de façon à les habituer à toujours être à haute intensité musculairement afin de prévenir au maximum des blessures de manière à ce qu’ils récupèrent plus vite et qu'ils absorbent plus rapidement la charge de travail liés aux entraînements. Le but est qu'ils soient le plus performants possibles le plus longtemps dans la saison et qu’ils puissent enchaîner les matches tout en ayant le moins de blessures possibles. C'est pour cela que j'ai opté pour la seconde solution afin qu'ils s'habituent dès maintenant aux efforts de haute intensité. »

CS Beaune : « Et comment les séances vont-elles s’articuler ? »

MB : «  J'ai fait une planification au sens large pour la prépa physique d'été et j'ai commencé celle du début de saison. Je ne peux pas être directement précis, je les fais au fur et à mesure de la prépa pour voir les besoins des joueurs en fonction de leur fatigue. Nous allons accumuler beaucoup de fatigue mais nous devons être prêts pour le 15 Aout. Donc, dans un premier temps, ma planification va jusque-là, elle va changer pour la période de match et elle changera encore en Septembre. Cette adaptation est nécessaire pour qu'ils continuent à bosser tout le temps. Je ne leur envoie pas mais je leur dis ce qu'on va faire à chaque début de séance : ça peut être un travail sur la force avec séance notée au tableau, explications et actions. Une séance de muscu dure en moyenne 45 min ce qui me demande aussi une adaptation pour faire un entraînement qui rentre dans les clous. C'est une autre difficulté pour moi mais ça marche plutôt bien. »

CS Beaune : « As-tu aussi des demandes pour des programmes personnalisés ? »

MB : « J'ai eu trois demandes individuelles mais c'est normal car, dans un collectif, certains se rendent compte qu'ils ont besoin d'un travail différent. En prépa physique, on travaille tout et on essaie de mettre des choses en place pour que tout le monde s'y retrouve. Certains, comme Nassim, Santi et Matias, établissent et suivent leurs propres programmes et c’est très bien parce qu’ils se connaissent et c’est comme cela qu’ils seront le plus performants. Je les préviens juste le jour de la séance pour avoir le matériel dont j’ai besoin disponible. Mais par exemple, notre nouveau pilier Emilien Lagrange, a eu un souci au dos pendant son déménagement et a demandé un programme d'étirements. On a aussi Kevin Perrier qui a demandé un programme adapté avec beaucoup de cardio, de coordination et de gainage. Il a appris à connaître son corps et c'est très positif car, quand tu arrives à l’appréhender, c'est là que tu seras le plus performant. A partir du moment où tu l'écoutes, tu peux te donner à 200%. Malheureusement, et parce-que je tiens avant tout à privilégier mon côté joueur, je ne peux pas être aussi investi que je l'aimerai. Donc, pour l’instant, je n'ai pas encore le temps d'assurer le suivi individuel. Je suis en relation avec d'autres prépas physiques pour suivre ce qui se fait, prendre un maximum de conseils dans ce domaine mais je reste joueur et du coup je manque un peu de temps. »

CS Beaune : « Quels sont tes objectifs en tant que préparateur physique ès musculation ? »

MB : « Malgré la fatigue, ce sera de garder les joueurs mobilisés le plus longtemps possible pour qu'ils comprennent que ce qu'ils font à son importance et comprendre aussi la logique du travail car, au final, les sensations sont primordiales. J’ai plusieurs buts : pas de blessure liée à la charge de travail externe, maintenir les joueurs dans l'avancée, faire en sorte qu’ils soient toujours bien pour être motivés à avancer. Les chiffres parleront : si je n'ai pas beaucoup de blessés et que les joueurs restent toujours mobilisés aux entrainements de muscu, là, je pourrai me dire que ça a marché. C'est un challenge pour moi car c'est une grande première mais j'ai vraiment envie de bien faire. »

CS Beaune : « Et quels seront les objectifs du joueur Matthieu Bassin ? »

MB : « Cette saison, je me suis vraiment fixé une exigence très, très haute et je compte bien m'y tenir. Aujourd'hui, je pense que j'ai ce qu'il faut pour bien m'entraîner, bien me reposer et être performant. Je me connais, je connais l'équipe et c'est bien la première fois que je pense que j'ai tout ce qu'il faut pour bien commencer la saison. »