Portrait de recrue : Zani Dembélé

11 Août 2020 - Actu Equipe A

Le sport en général, et le rugby dans notre cas, est souvent à l’origine de belles histoires. Et belle, celle de notre nouvel ailier/centre Zani Dembele l’est, incontestablement. De coïncidences en rencontres, de découvertes en chassés-croisés, découvrez le parcours peu banal de ce jeune joueur de 22 ans qui arrive en terre beaunoise tant pour prouver des choses aux autres que pour s’en prouver à lui-même.

CSB : « Comment es-tu venu au rugby ? »

ZD : « Je suis né au Burkina-Faso en 1998. Suite au décès de mon père, ma mère s'est installée à Paris et m’a fait venir auprès d’elle en 2005, chose qui ne me plaisait pas forcément car je n'avais pas envie de quitter ma famille et tout ce que j'avais toujours connu. Nous nous sommes installés en Allemagne à Sarrebruck, pile à la frontière franco-allemande. Je suis allé dans une école allemande pendant un an où j’ai appris la langue. En CE1, je suis parti dans une école franco-allemande, ce qui m’a permis de devenir bilingue, et là, j’ai eu un professeur français qui était fan de rugby. Comme j’étais plus grand que les autres enfants de mon âge, il m’a emmené de l’autre côté de la frontière en France, à Forbach où j’ai commencé le rugby. »

CSB : « Tu n’as que 9 ans mais ça s’enchaîne déjà très vite ? »

ZD : « De par mon physique, j’ai sauté deux catégories et j’ai tout de suite commencé en U13 au lieu de U9. Très vite, j’ai été sélectionné avec la région Alsace-Lorraine en U15 et donc, surclassé. Avec la sélection, nous sommes allés disputer le tournoi de Genlis et c’est là que j’ai fait une rencontre qui s’est avérée assez déterminante pour mon avenir : Eddy Joliveau. Ca a matché de suite entre nous et c’est comme cela que j’ai intégré le pôle espoir de Dijon et que les choses ont vraiment commencé à bouger pour moi. »

CSB : « Toujours grâce à Eddy Joliveau ? »

ZD : « Eddy est un mentor dans le sens où il a eu ce rôle auprès de tous ceux qui sont passés au Pôle avec lui, pas seulement avec moi. Ce qui est certain, c’est qu’il a joué un grand rôle dans mon rugby : il forme mais il est aussi joueur et surtout il est homme. Pendant mon passage au Pôle, où j’étais notamment avec les ex-nuitons Gervais Cordin et Arthur Retière, j’ai pu jouer en équipes de France U16 et U18. Et lorsque j’ai quitté Dijon, ça a été pour signer au Racing 92 où j’ai retrouvé un ancien du pôle et ancien Beaunois, Léonard Paris. C’est pour cela qu’au CS Beaune, je ne suis pas vraiment en terre inconnue (rires) ! »

CSB : « Et là va commencer le dur parcours du jeune rugbyman dans le monde pro ? »

ZD : « Franchement, ça s’est très bien passé au Racing mais je me suis malheureusement sévèrement blessé avec une fracture ouverte de la cheville. Je suis bien revenu mais le club avait déjà lancé un recrutement à mon poste et puis, on ne va pas se mentir, il y avait de la concurrence. Castres m’a donc appelé, j’ai signé chez eux en tant qu’espoir et je m’entraînais avec les pros. Mais ça m’a pris trois mois car je revenais d’une blessure à l’épaule contracté lors d’un tournoi à 7. Du coup, je suis assez vite sorti du projet et, pendant le confinement, j’ai appris que je n’étais pas conservé et je me suis retrouvé sans club. »

CSB : « Et c’est là que va intervenir un certain Karim Qadiri, qui joue à ton poste et qui quittait le CS Beaune pour retrouver le monde professionnel à Grenoble ? »

ZD : « Je connais très bien Karim pour avoir joué contre lui lorsqu’il était au Stade Français et moi au Racing ainsi que lors de tournois à 7. Il savait que je cherchais un club et j’ai beaucoup parlé avec lui, il m’a raconté comment ça se passait à Beaune et il m’a convaincu. Ensuite, j’ai eu une bonne conversation avec Seb qui m’a paru sympathique, on a discuté sur le rugby et ça m’a plu. Et puis, bien sûr, j’ai consulté Eddy Joliveau parce qu’on continue à beaucoup se parler. J’ai vu ce que Karim a réussi à faire ici, en signant en Fédérale 1. En plus, je connaissais bien la région donc je n’ai pas beaucoup hésité avant de m’engager. Si je devais schématiser, je dirai qu’Eddy m’a parlé de Beaune en bien, Karim m’a confirmé et Seb a marqué l’essai. »

CSB : « Ce n’est pas trop difficile de quitter le monde professionnel pour la Fédérale 1 et un championnat semi-pro / semi-amateur ? »

ZD : « Je pense que rien n'est dur. Oui, je quitte un certain confort mais le plus important c'est le plaisir. Quand tu te blesses souvent, tu mets du temps à revenir, tu réfléchis, tu cogites. A la base, je sors de nulle part, j'ai gagné une sorte de CV mais qui aurait cru qu'un petit allemand serait passé par Paris et Castres ? »

CSB : « Une autre de tes « particularités » d’ailleurs. Tu es de nationalité germano-burkinabè, JIFF donc joueur issu de la filière de la formation française et international de rugby à 7 allemand. Que représente ce rugby à 7 pour toi ? »

ZD : « En Allemagne, le 7 est très, très important. Nous avons raté de très peu trois fois de suite les qualifications pour le World Series. On gagne un premier tournoi au Chili où on bat de grandes nations. On a été invité par les Pumas Argentins à passer un stage avec eux, où il y avait notamment l’Afrique du Sud. On aurait pu se qualifier cette année mais le Covid a tout stoppé et c’est le Japon qui est passé au nombre de victoires. Il y a une vraie culture du rugby à 7 car les joueurs évoluent dans une structure pro avec un statut de pays olympique. Ils sont payés par l’Etat et non par la Fédé ce qui permet de s’y consacrer à 100%. On m’a proposé de devenir pro à 7 mais je suis venu très jeune en France et je veux jouer toutes  mes cartes. Je m'éclate d'une manière différente dans les deux disciplines mais ma carrière  à 15 dépendra de moi seul. Si je ne fais que du 7, d’une certaine manière, ce sera déjà acquis mais, pour le moment, je n’ai rien prouvé à 15, je n’ai pas de feuille en Pro D2 ou en Top 14. Et prouver, c’est ça que je veux. J'ai des potes qui jouent en sélection allemande qui sont extrêmement forts et qui n'ont pas eu cette opportunité. S'ils l'avaient eue, je suis sûr qu’ils auraient cassé la baraque. Donc, bien sûr que j’estime chanceux mais j’ai aussi beaucoup travaillé pour cela. »

CSB : « Et c’est aussi pour cela que tu as choisi le CS Beaune ? »

ZD : « Je suis venu ici me prouver que je peux le faire, chercher du temps de jeu, me montrer. A Beaune, je sais que je peux apporter quelque chose et c'est très intéressant pour moi d'avoir un entraîneur comme Seb qui me montre autre chose que ce que j’ai connu jusqu’à présent. Le plan de jeu de Beaune me parle parce que c'est de la vitesse, du jeu et du mouvement. Le mouvement est très important pour les ailiers : les avants font avancer et les ailiers vont marquer à la fin.»

CSB : « Quelles qualités vas-tu apporter au groupe ? »

ZD : « Je crois que la première, c’est la détermination : quoi qu'il arrive,  je ne lâcherai pas. Dans le jeu, ce sera d’essayer d'aller chercher beaucoup de duels, d’apporter de la puissance dans les duels. Je suis assez explosif dans le démarrage et en confrontation. A chaque fois que je pars à 7, je suis hyper content parce que je sais que je vais toucher du ballon, rien que dans les duels défensifs. Avoir la clé à 7 te donne la clé à 15 car le 7 t'améliore. »

CSB : « On peut parler d’une intégration réussie ? »

ZD : « Absolument. Je connaissais déjà pas mal de joueurs que j’avais croisé en jouant contre eux comme Nassim avec le Stade Français, Matthieu sur les tournois à 7 ou PAM et Gallien avec Nevers. Et puis,  ça a de suite matché avec d'autres joueurs comme Jaun ou Paddy,  ça aide bien d'être trilingue (rires).  Le rythme d’entraînement est vraiment très différent, j'aime beaucoup m'entraîner mais je découvre aussi un peu le plaisir d'avoir du temps. Je me dis également que je dois faire des choses à coté pour plus bosser sur moi sur mon rugby. Je prépare une licence de marketing international à distance : c'est important parce-que quand je me suis fait la cheville, le médecin m'a dit que le rugby était fini pour moi et je suis revenu au bout de 7 mois. Mais, j’ai beaucoup de contacts par rapport aux pros et tu ne sais jamais ce qui va arriver dans la vie. » 

CSB : « Et quels vont être les objectifs ? »

ZD : « Il y a un super groupe. Alors, on va tout simplement jouer, viser la qualif et, pourquoi pas, la montée en Nationale ? »

CSB : « Et à titre personnel ? »

ZD : « Etre bien dans ma vie,  c'est être bien dans mon rugby car, si une chose va bien, l'autre va bien aussi. Et si tout est bien, je sais que tout va bien se passer, tu n'auras que des bonnes ondes et de la positivité autour de toi. Au final, tous les grands joueurs ont une vie où toutes les planètes sont alignées et, en essayant, tu mets toutes les chances de ton côté. » 

CSB : « Trois mots pour décrire Zani Dembélé ? »

ZD : « Sourire, reconnaissant, content d'être là et de faire ce que je fais »

CSB : « Et pour terminer, une petite devise ? »

ZD : « Je dirai « vivons au jour le jour » »